Historique

créée en 1952, Tahiti-Plage change l’esprit qui régnait à l’époque sur la corniche casablancaise. Ce culte du sport et du corps (plutôt sévère et élitiste) laisse place à une approche plus ludique du bord de mer. De territoire sportif, le bord de mer devient un lieu de rencontres et de divertissement. La piscine est conçue dans un style polynésien avec certaines touches africaines. Cette nouvelle vision du bord de mer est due au premier concessionnaire du site : André Suire. Ayant longtemps sillonné les îles du Pacifique, l’homme est passionné par ces contrées de rêve. Pionnier du surf, il apporte à Casablanca dès 1950, les premières planches venant de Polynésie.

Mais Suire a plus d’une corde à son arc. Parachutiste et pilote d’avion, il forme avec Paul Anselin, en 1955, un tandem de choc. L’un travaille sur le graphisme et le design des installations des équipements de la piscine : cases, totems, toiles aux couleurs d’été… L’autre s’occupe des travaux de rénovation et d’embellissement des bassins construits à même le sable. La peinture est renouvelée chaque début d’été. Et les dessins initiaux de Suire sont déformés au fil des ans. Les bassins combinent eau salée et eau douce (provenant des nombreuses sources se trouvant à proximité). Une des cases, « Le Tonga » abrite un juke-box, permettant de danser l’après-midi sur des airs d’Elvis Presley, Little Richard, souvent diffusés par la radio de la base américaine de Nouasser à l’époque. Anselin rajoute dix bungalows portant des noms d’îles polynésiennes.

Quelques années plus tard, « Le Tonga » est détruit. Les petites cases recouvertes de feuilles de palmiers sont équipées de chaises longues et d’une table en dur. Un lit de repos est installé à l’intérieur de ces petits bungalows. Ceux qui travaillent pendant la belle saison peuvent y faire un « break » à l’heure du déjeuner.

Ces jolies cases polynésiennes connaissent un franc succès. Au tout début, elles sont surtout fréquentées par la bourgeoisie française et juive marocaine. Dès 1960, les rochers environnants sont dynamités, afin de gagner sur la mer. Des tonnes de sable sont rapportées des plages extérieures à la ville. Cette référence aux îles du Pacifique (que connaît la piscine casablancaise) précède de 10 ans les plages les plus cotées d’Europe.

À Tahiti, lors des années 50/60, on danse tous les Samedis et Dimanches sur une piste en parquet de bois. Même principe qu’au Lido : un gardien tamponne la main de ceux qui vont sur la plage voisine. Un client nostalgique raconte : « nos amis nous attendaient côté mer. On se collait les mains (après les avoir mouillées).

On se passait le tampon de l'un à l'autre pour économiser de l'argent de poche. Les cabines étaient peintes en bleu vif qui parfois déteignait sur nos serviettes et nos maillots. Les privilégiés avaient leurs cabines réservées d'une année à l'autre. Les autres avaient le choix entre poser leur serviette sur le sable ou louer un transat en bois... Les piscines étaient bleues et blanches, les transats en pierre… On se brûlait les pieds sur le sable blanc. Aujourd’hui, le lieu a été rebaptisé et porte désormais le nom de « Tahiti -Beach Club ».